Une matinée de pur plaisir hier.
J'y allais pourtant sans grand enthousiasme, au point de prendre comme un signe du destin la difficulté à trouver la salle. Heureusement d'ailleurs que j'avais prévu large pour la route, oubliant que le samedi la circulation matinale est bien plus facile, parce que le temps a filé en aller retours et demandes aux passants qui écarquillent les yeux.
Une programmation modifiée à la dernière minute parce que certains n'ont pu se rendre disponibles, mais si je n'avais pas eu le programme auparavant c'est à peine si je m'en serais rendue compte. L'équipe a tout géré de main de maître.
Un colloque donc, un colloque international des écrivains en herbe, un samedi matin quand la pluie menace, dans la grande ville que je n'ai toujours pas appris à aimer.
Lorsque les lumières s'éteignent, un petit spectacle de danse muet, en dehors du violoncelle et d'une voix qui module des sons beaux et étranges.
Les inévitables discours ensuite, mais finalement ils sont relativement courts et plutôt intéressants. Un petit accès de pédanterie de la part d'un universitaire mais dans l'ensemble la passion et l'engagement affleurent bien davantage que la conscience de la fonction des uns et des autres.
Un écrivain qui porte un prénom féminin, que l'on reçoit avec déférence, que je ne connais pas, dont le nom ne me disait rien du tout, qui parle de sa famille en utilisant un nom différent. Et puis, très vite, un homme que l'on a envie d'entendre, de connaître, de lire. Une fois de retour, je cherche des informations. Pour découvrir que je devrais le connaître, que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de lire l'un de ses livres. Et que j'ai dû, je suppose, le confondre avec je ne sais qui, car je me souviens parfaitement avoir toujours décliné, sûre de ne pas être intéressée par l'ouvrage. J'ai l'impression d'avoir confondu deux titres. Ne reste plus qu'à me procurer à présent ses ouvrages. Ce que j'étais décidée à faire le jour même mais la pluie battante à la sortie avec une robe printanière et sans autre protection qu'un foulard, m'en a dissuadée. Yasmina Khadra, donc, un petit homme qui m'a paru plus âgé qu'il ne l'est si j'en crois sa notice biographique.
Un homme plein d'humour qui aime les mots, les choisit avec soin, et qui sait partager sa passion du Verbe et toute l'importance qu'il accorde à la vie et à l'individu. Un invité d'honneur qui s'ennuie un peu aussi et ne semble pas trop à l'aise quand on le charge de remettre les prix.
Puis vient le moment qui a fait de cette journée un pur moment de bonheur. A force d'être sur le pont jour après jour, avec ces élèves qui n'ont aucune envie d'être là, avec ceux qui rejettent toute idée de culture parce qu'ils souffrent depuis trop longtemps de leurs difficultés scolaires. A force de médiocrité affichée, revendiquée chez trop de personnages publics. A force de découragement, on oublie que cela existe toujours. Des amoureux de la langue et des mots, des amoureux des livres et des beaux livres.
Une jeune fille qui s'exprime avec aisance, drôle et modeste, qui parle de ses écrits et espère avoir progressé.
Un garçon fragile, qui paraît plus jeune que mon fils de 16 ans mais étudiant en master, brillant et sensible, qui s'affirme finalement avec une grande élégance.
Les étudiants de BTS qui ont fabriqué le livre, le seul qui s'exprime fait montre d'un enthousiasme communicatif pour son futur métier d'imprimeur, d'une parfaite aisance devant la salle, il fait peut-être un tout petit peu étalage de ses connaissances techniques mais que c'est donc agréable et rassurant d'entendre un élève comme lui.
Pour la plupart des gens que je connais, un BTS est une véritable qualification professionnelle. Mais à lire, jour après jour, le point de vue de leurs enseignants de Lettres cette image s'était considérablement brouillée. Ce jeune homme m'a réconciliée. Et je ne saurais assez l'en remercier.
Un jeune garçon est venu d'Allemagne où il est scolarisé au lycée français. Un peu timide, il révèle avoir écrit son texte pour un devoir "à la dernière minute" et s'être finalement laissé emporté une partie de la nuit. Le début du texte est projeté derrière lui, le contraste entre son style enlevé et son attitude me rappelle à nouveau le pouvoir de l'écriture, ce pouvoir de mettre à jour une sensibilité bien souvent dissimulée au regard trop rapide du quotidien.
Un jeune homme, très à l'aise, de "la montagne Sainte Geneviève" qui a pris l'écriture de son texte, encore un devoir imposé, comme une sorte de défi. L'image que je me fais, en effet, de ces jeunes gens déjà formés pour l'élite, mais surtout un jeune homme ouvert, au verbe agréable, dont l'élégance détonne un peu - aussi bien parmi les lauréats que comparé à la majorité des personnes présentes dans la salle - mais sans aucune ostentation, sans affectation.
Un petit élève, un peu étonné d'être là, qui se lance dans l'explication de son texte (inspiré par la mythologie) et les noms qu'il a choisis pour ses personnages. Enfin pour l'un, cela se résume à : "C'est mon professeur qui m'a aidé".
Une jeune fille, elle aussi bien étonnée, car elle a écrit un blog "de femme", sur les préoccupations "des femmes", et vraiment elle trouve ses écrits bien différents des précédents. Son insistance sur les femmes chez une toute jeune fille prête à sourire, mais son inquiétude visible de ne pas être à la hauteur des autres lauréats qu'elle semble considérer comme de véritables écrivains est touchante.
Bref, neuf jeunes gens invités à s'exprimer sur leur texte et pas une fausse note.
Des jeunes gens pleins de vie, de passion, d'espoir. Des jeunes gens qui aiment écrire. De quoi retrouver la foi, renouer avec l'espérance, s'envoler à nouveau avec de grands mots : croire en l'homme, en l'avenir d'humanité, au pouvoir infini des mots, au Verbe créateur.
L'Académie du livre - Colloque Florilège international des écrivains en herbe Francophones
dimanche 9 juin 2013
vendredi 31 mai 2013
Je suis une mère indigne
écartelée entre ce qu'il faut, ce qu'elle sent, et ce qu'elle peut.
Et c'est épuisant.
Fin d'année exactement aussi fatigante que d'ordinaire, ciel gris et temps maussade - par contre totalement inédits en cette période, perspectives futures pas du tout rassurantes. Je sature, c'est normal.
Mais parfois vraiment je ne vois plus d'issue.
dimanche 26 mai 2013
De la déprime à la nostalgie
Baisse de forme ou vrai trou noir en tourbillon insatiable j'ai saisi une perche ancienne. Et d'Alain Aurenche en Miserere, de Divine en colère et chagrin, je me suis souvenue d'une note jetée un jour pour plus tard et découvert Rémo Gary, à moins qu'il ne s'agisse d'une redécouverte m'ont soufflé des mots familiers. Alors de souvenirs en souvenirs, entre deux émotions qui chassent celles qui n'ont ni rimes ni raison et pas de mots surtout, un nom m'est revenu, un souvenir encore, une découverte aussi, et si les larmes affleurent toujours elles sont à présent les bien venues, réveillant cet ancien chemin et ces mots lointains mais jamais oubliés "mon terroir ce sont les galaxies".
lundi 8 avril 2013
Passion juvénile, vraiment ?
Double surprise ce midi en salle des profs. Comme la salle est très loin d'être bien conçue, il est impossible de ne pas entendre les conversations des autres - sauf quand certaines hurlent au téléphone ou explosent de rire en toute discrétion empêchant absolument toute autre conversation, mais c'est un autre sujet.
Et donc, j'entends deux collègues parler d'une salle de spectacles rock, puis de groupes, et même de l'une de mes idoles de jeunesse "qui a encore une pêche d'enfer". Ils ont même fini par de vraies remarques puériles d'ailleurs, pas bien loin d'un magazine d'ado...
La première surprise, c'est que l'un d'eux est le stagiaire que je ne supporte pas - en toute subjectivité, mais il m'énerve dès qu'il ouvre la bouche, s'obstine à laisser ouverte la porte de communication lorsqu'il fait cours dans la salle à côté, et emprunte le rétro sans prévenir. Rien d'important, mais bon, nous n'avons pas du tout sympathisé et je ne cherche pas à mieux le connaître. Du coup, découvrir que nous avons des passions communes... ça fait un peu bizarre. Mais, non, pas au point de faire plus ample connaissance, non merci.
La deuxième et la plus troublante surprise vient de son interlocuteur. Un collègue discret, charmant, qui de temps en temps fait une remarque pleine d'humour et de bon sens sans jamais hausser la voix. Mais surtout... un collègue... comment dire, d'une certaine maturité ?
Oui, je me rends bien compte m'être, par deux fois, fiée à tort aux apparences. Mais je réalise surtout que ce n'est pas la première fois que je prends en pleine figure la réalité... de mon âge !
J'oublie régulièrement que la musique rock n'est plus de la musique de jeune. Et je l'oublie d'autant plus que j'ai grandi dans une famille et un milieu où elle n'était vraiment pas à l'honneur. En fait, pendant très longtemps, je ne connaissais personne qui partage certains de mes goûts musicaux. Et quand j'ai rencontré - avec une certaine surprise d'ailleurs dont je me souviens encore - des personnes qui partageaient non seulement mes goûts, jusqu'aux plus originaux, mais aussi mes souvenirs, elles avaient plus ou moins mon âge - voire quelques années de moins.
Or, le temps a passé, j'ai déménagé loin des lieux de grands rassemblements, loin des salles branchées, je me suis posée aussi, et voilà des années que je n'ai plus ni assisté à un concert de ce type, ni parlé de cette période, sinon avec des amis proches ou avec des membres de ma famille. Je crois que j'ai gardé en mémoire à la fois l'enthousiasme de l'époque et... l'âge que j'avais alors.
Du coup, un adulte, un vrai, qui en parle tout naturellement... Mais bon sang, me voilà donc tout aussi adulte que lui ?!? Mais, mais, mais, cela signifie donc qu'une bonne partie du public est adulte ? Adulte, installé, sérieux, raisonnable, père de famille...
Le ridicule de cette prise de conscience a beau me sauter aux yeux tout en l'écrivant, je vous assure que le choc est rude...
Même si, en vrai, j'étais ravie de les entendre, ravie de les découvrir sous cet angle, et de voir surgir de façon totalement inattendue cet univers sur un lieu si intensément lié au travail et à ses difficultés. Même si un je ne sais quoi m'a empêchée d'intervenir dans la conversation, ils ont illuminé la pause de midi.
Iggy and the Stooges - Live in Detroit 2003 par MVDmusicvideo
Et comme le hasard est facétieux, un ami m'a justement contactée hier pour me proposer d'aller à Argelès cet été pour le festival. Je n'ai dit ni oui, ni non, me demandant en fait si je me sentirais bien à l'aise aujourd'hui dans ce genre de concert...
Et donc, j'entends deux collègues parler d'une salle de spectacles rock, puis de groupes, et même de l'une de mes idoles de jeunesse "qui a encore une pêche d'enfer". Ils ont même fini par de vraies remarques puériles d'ailleurs, pas bien loin d'un magazine d'ado...
La première surprise, c'est que l'un d'eux est le stagiaire que je ne supporte pas - en toute subjectivité, mais il m'énerve dès qu'il ouvre la bouche, s'obstine à laisser ouverte la porte de communication lorsqu'il fait cours dans la salle à côté, et emprunte le rétro sans prévenir. Rien d'important, mais bon, nous n'avons pas du tout sympathisé et je ne cherche pas à mieux le connaître. Du coup, découvrir que nous avons des passions communes... ça fait un peu bizarre. Mais, non, pas au point de faire plus ample connaissance, non merci.
La deuxième et la plus troublante surprise vient de son interlocuteur. Un collègue discret, charmant, qui de temps en temps fait une remarque pleine d'humour et de bon sens sans jamais hausser la voix. Mais surtout... un collègue... comment dire, d'une certaine maturité ?
Oui, je me rends bien compte m'être, par deux fois, fiée à tort aux apparences. Mais je réalise surtout que ce n'est pas la première fois que je prends en pleine figure la réalité... de mon âge !
J'oublie régulièrement que la musique rock n'est plus de la musique de jeune. Et je l'oublie d'autant plus que j'ai grandi dans une famille et un milieu où elle n'était vraiment pas à l'honneur. En fait, pendant très longtemps, je ne connaissais personne qui partage certains de mes goûts musicaux. Et quand j'ai rencontré - avec une certaine surprise d'ailleurs dont je me souviens encore - des personnes qui partageaient non seulement mes goûts, jusqu'aux plus originaux, mais aussi mes souvenirs, elles avaient plus ou moins mon âge - voire quelques années de moins.
Or, le temps a passé, j'ai déménagé loin des lieux de grands rassemblements, loin des salles branchées, je me suis posée aussi, et voilà des années que je n'ai plus ni assisté à un concert de ce type, ni parlé de cette période, sinon avec des amis proches ou avec des membres de ma famille. Je crois que j'ai gardé en mémoire à la fois l'enthousiasme de l'époque et... l'âge que j'avais alors.
Du coup, un adulte, un vrai, qui en parle tout naturellement... Mais bon sang, me voilà donc tout aussi adulte que lui ?!? Mais, mais, mais, cela signifie donc qu'une bonne partie du public est adulte ? Adulte, installé, sérieux, raisonnable, père de famille...
Le ridicule de cette prise de conscience a beau me sauter aux yeux tout en l'écrivant, je vous assure que le choc est rude...
Même si, en vrai, j'étais ravie de les entendre, ravie de les découvrir sous cet angle, et de voir surgir de façon totalement inattendue cet univers sur un lieu si intensément lié au travail et à ses difficultés. Même si un je ne sais quoi m'a empêchée d'intervenir dans la conversation, ils ont illuminé la pause de midi.
Iggy and the Stooges - Live in Detroit 2003 par MVDmusicvideo
Et comme le hasard est facétieux, un ami m'a justement contactée hier pour me proposer d'aller à Argelès cet été pour le festival. Je n'ai dit ni oui, ni non, me demandant en fait si je me sentirais bien à l'aise aujourd'hui dans ce genre de concert...
mardi 2 avril 2013
Pour mémoire
Jolie phrase qui exprime très bien ce que j'aurais dit de manière bien moins claire.
"Mon amie Julie, alors que je rédigeais un article sur les personnes âgés en psychothérapie, m'avait dit ces mots magnifiques: "Tant qu'une phrase n'est pas finie, le dernier mot peut en changer le sens. Il en est de même pour la vie"."
Là - avec de magnifiques photos d'une petite fille heureuse.
"Mon amie Julie, alors que je rédigeais un article sur les personnes âgés en psychothérapie, m'avait dit ces mots magnifiques: "Tant qu'une phrase n'est pas finie, le dernier mot peut en changer le sens. Il en est de même pour la vie"."
Là - avec de magnifiques photos d'une petite fille heureuse.
Si c'était à refaire
Oui, mais non. Si c'était à refaire, de toutes façons, les "choix" seraient les mêmes.
Allez, mieux vaut assumer.
Ou simplement faire le deuil de l'idéal.
Simplement... Facile à dire, tiens.
Allez, mieux vaut assumer.
Ou simplement faire le deuil de l'idéal.
Simplement... Facile à dire, tiens.
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